Je ne me suis pas levée à l’aube, enfin pas ce jour là!
On va commencer par la fin… Parce que finalement avant toute chose, Varanasi est LA ville de la mort! Dis comme ça, ça fait flipper: comment on gère ça avec les ados, est-ce qu’ils vont être traumatisés de voir la mort en vrai ou est-ce qu’avec du second degré ça passe quand même??? Autant de question qu’on se pose pour soi-même et encore plus quand on y va avec ses enfants. A cela, de nombreuses personnes nous ont rassuré en nous disant qu’on ne voyait rien, qu’il n’y avait pas de cadavre dans le Gange et qu’on pouvait y allé les yeux fermés! Que nenni!!!
Petit rappel: les hindous souhaitent mourir à Varanasi car c’est pour eux la fin des cycles de réincarnation, c’est le salut ultime, l’équivalent du Paradis pour les catholiques. Certains choisissent de s’installer là en attendant le grand jour, d’autres quand la fin approche, se font amener par leur famille qui parfois repart avec (avant l’heure c’est pas l’heure!). Sinon, pour ceux qui n’ont pas la chance de mourir sur place, ils ont 10 jours pour venir se faire incinérer sur les bords du Gange. On en a croisé un, sur le toit d’un 4×4!!
Les hindous n’appréhendent pas la mort comme nous occidentaux. Il n’y a finalement pas ce côté macabre, il la chante, il la montre (tous les enfants du défunt se rasent le crâne), c’est haut en couleur, on en oublierait presque que c’est triste! Eux y voit la libération de l’être cher là où nous ne voyons que son absence. Les cérémonies sont très ritualisées et on en a certainement pas compris ni vu le quart.
La cérémonie de crémation obéit à un rituel précis: la famille arrive en chantant des mantras, le corps est transporté dans un linceul coloré, puis il est immergé dans le Gange quelques secondes puis installer sur son bûcher, les membres de la famille versent un peu d’eau sacrée du Gange dans la bouche du défunt. Le fils ainé ou le garçon le plus proche du défunt tourne 5 fois autour du bûcher avant de l’allumer. Les femmes sont le plus souvent exclues et doivent rester en haut du ghât car leurs larmes risqueraient de retenir l’âme du mort (la belle excuse!).

Cent à 150 morts sont brûlés chaque jour sur le Manikarnika Ghât, le feu ne s’est jamais arrêté depuis plusieurs milliers d’années! Le jour où nous y sommes allés, il y avait plus de 10 bûchers et trois familles sont arrivées avec leur défunt. Les photos sont interdites sur les ghâts de crémation et pourtant on en a vu par dizaine se cacher derrière leur objectif. Sans ça, et bien on réalise que la mort n’a jamais été aussi proche de nous et chacun réagit à sa façon: plutôt en médecin légiste pour Joseph, de la gêne pour Suzanne et des questions pour Camille, qui a passé l’âge d’être jetée dans le Gange sans être préalablement brûlé. En effet, n’ont pas besoin d’être incinéré, les enfants de moins de 10 ans, les femmes enceintes, les sadhus, les personnes mordues par un cobra et les vaches. Eux, hop, direct dans le Gange avec une pierre au bout!
Alors, ceux qui disent qu’on ne voit rien, on ne les croit plus, on voit les corps qui brulent et ceux qui flottent…
On achète des petites bougies qu’on pose sur le fleuve, une chacun et une pour Louis… Plein de petites lueurs, à la vie, à la chance, au bonheur… car Bénarès, c’est aussi un lieu vivant comme peu d’autres.

Une fois encore, c’est Laloo, à l’aube qui va être notre guide. Debout à 6 heures pour le lever du soleil et là, les ghâts ont changé d’allure. Les draps de l’hôtel!!! En train de sécher à même le sol, c’était donc ça la trace de pied sur la taie d’oreiller!!! Les lavandier(e)s sont là, à taper comme des brutes, un vrai travail de forçat! Mais tout ce linge étendu donne la sensation d’une ambiance feutrée même si très vite, avant même que le soleil ne se lève, l’activité au bord des ghâts bat son plein. Certains se lavent, d’autres prient, nagent ou font leur vaisselle. En tout cas, ça rigole, ça papote, ça chante… Il y a des masseurs, des barbiers et même des petits brahmanes qui font leur yoga.
Les bains restent un rituel ahurissant quand on connait le degré de pollution du Gange (jusqu’en 1981 on le croyait pur car sacré!). Pour être lavé de ses péchés, le pèlerin doit s’immerger 3 fois entièrement, même la tête puis prendre dans sa main un peu d’eau et la boire! Et ça, 5 fois à des endroits différents, après ils peuvent faire ce qu’ils veulent se laver, nager… (ou courir se rincer à l’eau de javel!).
La ferveur qui règne ici est assez incompréhensible aux esprits un peu trop cartésien (comme le mien 😉 ). En fait, il n’y a pas besoin de comprendre, il n’y a qu’à regarder. Pour les hindous tout est superstition, un petit hôtel dans le coin d’une boutique ou d’un restaurant, c’est bon pour le commerce! Toucher les pieds d’un sadhu, mettre un bâton d’encens dans le petit temple au coin de la rue et c’est le bonheur assuré! Partout on voit des lingams, un symbole très phallique symbolisant Shiva, omniprésent ici, reposant sur un utérus (?). Il y en a de toutes les tailles, ils sont arrosés à l’eau du Gange, et objet de toutes les attentions! Sans oublier les vaches, sacrément encombrantes!
Tout est hallucinant, à mille lieues de nos repères!!!
Laisser un commentaire